Chronique d'un destin peu ordinaire.
Confidence, à lui
.14.
Ce soir là, le sculpteur des mots est devenu la tempête douce-amère que je sentais sommeiller quelque part. C’était peu après qu’il se soit confié à moi, concernant les mauvais traitements subis des semaines durant à l’hôpital psychiatrique. Je ressentais bien sa douleur, qui finalement l’empêchait de se donner une chance. Si sa main demeurait quelque part près de la mienne, elle ne serrait pas tant que ça mes doigts délicats. C’était comme un apprentissage perpétuel, qui prenait vie à la lumière des heures de création que nous y passions. Création oui, car ce rapport si banal que nous entretenions mêlait subtilement tous les sentiments, tous les arômes qu’un individu peut espérer ressentir au cours d’une vie. Je composais ce soir là avec l’âme en souffrance, l’âme que j’avais trouvé un soir la tête posée contre le canon d’un révolver. Je le sentais. Etrangement, je ne savais pas si il possédait toujours cet objet, je pense que oui car c’était aussi une facette de son histoire, histoire que je ne permettais pas de modifier, tout juste de prolonger lorsqu’il m’en donnait la chance.
Pour être tout à fait franche avec vous, je dirais que depuis cette confidence relative à ses sévices, mes nuits étaient assez troublées, voire inexistantes. Je remettais mon esprit entre les mains de quelques réalisateurs que j’aimais à voir, à revoir. Je pouvais enchaîner des heures et des heures de pellicules, sans que le sommeil ne vienne troubler cette introspection imagée. Je me reconnaissais plus dans les thrillers haletants, que dans les comédies burlesques que j’avais rangées dans un coin de mon appartement. Je n’avais pas envie de rire, juste de trouver la voie permettant de saisir sa main, sans qu’il ne se sente agressé, possédé, démuni…Je ne pense pas l’avoir discernée ce jour, mais je ne désespère pas d’y parvenir, si il réapparaît, peut être ce soir ?
Car ce jour encore, j’allume cet écran sur lequel j’espère voir apparaître ses mots, que ces derniers soient souffrance, délivrance, bonheur ou attente. Je prends tout de cet ange des âmes en pénitence, mais je me soumets aussi à ses désirs. Le silence à ceci de profitable que vous pouvez y placer tous les espoirs…C’est ce que je fais chaque soir lorsque j’achève ma journée de travail. Ici, je délivre notre histoire sans vraiment y chercher une cause, une réponse, une finalité. C’est ainsi, comme la nuit qui tombe doucement, comme le destin qui est parfois terrible.
Mais ce soir, je le sens trop loin de moi. Mes émotions ne me trompent pas, je sais que sa vie est en train de prendre un chemin sinueux, chemin dont je n’ai peut être pas eu le temps de lui parler. J’aurais aimé le mettre en garde contre les âmes perfides qui tenteraient de le séduire, pour mieux ruiner son être qui frôlait peu à peu la perfection. Un mal-être difficilement palpable s’empare de moi, car je redoute pour lui la moindre petite brindille sur ce chemin si escarpé qu’est celui de la vie. Je sais que tu es près de ton passé, je sais que tu es seul, je sais que tu cherches des réponses, je sais que tu pleures caché dans le cuir de ton blouson, je sais que tes mains tremblent…Je sais que je pleure avec toi, je sais qu’il ne me reste que tes mots pour enterrer mes espoirs, mon amour.
A suivre