Chronique d'un destin peu ordinaire.
Pudeur
.15.
J’avais souvent rédigé des textes pour lui, sans jamais oser les lui donner. Je dois admettre que ses envolées lyriques qui touchaient les cimes des esprits les plus affûtés à pareil exercice, me laissaient bien souvent sans voix. Et pourtant, je restais sans réponses devant la nature exacte de sa Muse. Etais-ce moi ?
Fondamentalement, l’écran empêchait la volupté de mon être de le gagner, surtout aux balbutiements de notre échange. Au mieux, il ressentait dans les quelques lignes dérobées à mes émotions, un soupçon de chaleur, peut être une enveloppe douce comme une couverture parant son corps de mes propres désirs. Je crois que sa dimension lyrique tenait en si peu de choses, mais une chose rare y prenait toute sa place : sa capacité à fermer les yeux dans la nuit sombre et angoissante, et à rêver de l’harmonie entre deux êtres. Mais jamais il ne se laissait allé à des phrases trop triviales, elles étaient toutes semblables à un suave parfum vanillé, une exquise odeur que je croyais sentir dans ma propre nuit. J’avais ce texte posé près de moi pour lui, il n’a pas quitté le présent bureau depuis sa rédaction, c'est-à-dire il y a des mois déjà…
Comme le temps passe vite, c’est un cruel aveu que de constater que tout s’est envolé comme une pluie d’étoiles entre vos mains. La preuve en est ce texte que ma pudeur m’a défendue de lui offrir. Ce soir, le texte à un goût amer, âcre, je suis loin de ressentir les effluves vanillés dont il me sublimait. Si un jour il passe par là, la Destinée se chargera de lui dicter le chemin de mes mots, je sais que je lui ai donné la clef la plus précieuse qu’il me restait encore lors de notre rencontre : celle de ma propre conscience. Quelque part, j’ose espérer qu’il le sache....
« La Vénus au corps libéré se prélasse, sous tes mains dépourvues de la moindre trace. La douceur pénètre ma nuque délicate, ta bouche de magicien dépose comme autant de promesses, les pétales de la rose que tu gagneras…Vénus renaît doucement sous les gestes du sculpteur aux doigts du bonheur, il sait prendre la mesure de cette aura qui l’envahit, la diffusant lentement avec désir sur les courbes de la Divine. Cherchant le Diamant, il s’égare dans le creux du délice, laissant sa langoureuse main s’égarer pour y trouver le frisson. La Vénus statique, n’ose réprouver ces tentations oubliées, elle laisse glisser l’ultime étoffe de satin qui dissimule les précieuses pommes d’or. Et de ce geste, le calice qu’elle espère conquérir, devient une chaleur érigée qui lui rappelle la beauté du péché de chair. Murée, silencieuse, regard de marbre, stature de Femme, redécouvrant la charnelle étreinte que le temps lui avait ôté, la Déesse au corps sulfureux, est parcourue de mille éclats de diamants que le magicien de son corps a su placer avec habileté ».
A suivre