Chronique d'un destin peu ordinaire.
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.12.
Je sentais quelqu’un qui possédait en lui des ressources insoupçonnées…Je dois bien admettre que notre relation est vite devenue le terrain de jeu de ses espérances. Nous nous étions rencontrés sur un terrai vague qui prenait peu à peu vie, étant planté par ci, par là de plantes insoumises, de délicates odeurs, d’arômes nouveaux, d’arbres millénaires. Mon immense respect pour sa personne, comme pour ses silences que je considérais comme autant de témoignages d’indépendance, me dictaient une discrétion qui semblait lui échapper bien des fois. Il se prenait à espérer plus, encore plus, toujours plus, alors que nous n’étions simplement que deux entités virtuelles assez éloignées de la banale réalité :
« Pourquoi dois-je toujours souffrir, et être le premier à t'écrire ? A l'idée de ton souvenir, je sens le vent frémir, sans tes mots je vais mourir. Il me semble presque défaillir. Si c'est un cauchemar je vais me rendormir, si c'est la réalité je vais mourir. Comme j'aimerais tendrement ta main tenir, te serrer dans mes bras, ton corps sentir, te voir tressaillir et notre union bénir, ton âme, ta source vivre découvrir et dans tes bras me blottir ».
C’est étrange, mais mon âme ne touchait plus le sol, elle planait en apesanteur au dessus de ces espérances qui n’étaient que douceur…Il faisait battre mon cœur sans qu’il ne puisse le deviner, à la fois créateur et réalisateur, dominateur et horticulteur. Patiemment, la rose rouge devenait un peu plus pourpre, plus profonde, elle s’ouvrait à l’appel de la vie, en tombant chacune de ses épines près des mains de ce jardinier peu commun. C’est sûrement cette personnalité tout en nuances qui me séduisait le plus, la palette des couleurs qu’il utilisait était sans fin : du rose tendre il passait au bleu nuit, du vert printemps je devenais l’irisé sujet de son gris esprit.
Ce soir là, il avait voulu que je sois la déesse informelle de sa nuit…La satin de mon déshabillé mauve lui avait donné matière à explorer les recoins de sa propre imagination. L’oublié de l’amour devenait le chantre de la sensualité, l’audacieux poète à la prose sublimée par mon image. Tout se passait ainsi, tout le temps…D’un déshabillé de satin il faisait une scène d’éternité, d’un arbre il faisait des pommes d’or, de mon corps il faisait un sacrifice béni, de ma voix une envolée lyrique digne des plus grandes cantatrices, de mon aura le refuge de son corps encore assoupi…Je ne sais pas comment il pouvait de la sorte trouver des émeraudes en plein désert, des rubis au fin fond du tapis de sa souffrance. Je ne sais pas, et c’est incontestablement pour cela que je fus séduite, que je m’abandonnais à lui…
« Ce voile dont tu te pares dans cette nuit qui te prépare et pour ma main le dernier rempart de ta nudité que j'aimerai ............ ».
Cette nuit là, il avait jugé bon de me tenir en haleine, je ne puis lire la suite. Il ajouta simplement, dans un souffle chaud que je devinais :
« ………. Ange de l’érotisme, corps de l’insoumise, diamant de mon corporel idéalisme, céleste Artémis…….. ».
Je désirais plus, plus, plus…..Il me distillait seulement les quelques gouttes de cette essence nécessaire pour que je puisse sentir le désir s’exhausser. Ce soir je me sentais seule, étant pourtant une nouvelle fois, la Reine de son immaculé empire de la volupté. Il m’avait enfermé dans la geôle de ses désirs, sans que je ne puisse crier ma propre envie. Peut être que cette nuit là, je l’ai maudis…autant que je l’aimais…
A suivre