Réalité
L'hiver ne lève jamais sa froide enveloppe en mes terres....Les prophètes, les artistes, les saltimbanques se perdent dans l'hostile Alaska. Pas une voix, pas un souffle, pas un cri, pas une envolée, le néant qui résonne dans le roc des montagnes cristallisées. Paysage éternisé par les coups d'ailes que je donne pour mieux le péréniser. Il y fait si froid, que cette contrée en devient parfois cruelle. Se refermant sur moi, je savoure avec extase le moindre cristal qui s'aventure sur ma joue.
Je suis là haut, au firmament d'une étoile déjà éteinte. Je contemple les âmes qui se déchirent, les chasseurs d'Absolu, les enfants qui demeurent encore serrés dans les bras de l'Eté. Un contraste que j'aime à laisser glisser sur ma peau gelée. Des émotions que l'hiver ne me fait pas oublier, pire encore il sait les sublimer. Une goutte de diamant, un flocon...je suis devenue un flocon de mélancolie qui donne à l'hiver un accent épicé. La glace à le goût de mes remords, le vin à le goût de mes larmes, le banquet a quelque chose de féerique... Elixir invisible qui semble s'aventurer dans les profondeurs de mon être.
Je dépose la croix, elle sera édifiée au dessus de la montagne des précheurs fous. Cette croix me pèse, chemin éminament glissant que de la conquérir en l'arrachant à mon cou. Je suis nue, flocon de vie en l'Alaska de mes rêves. Le givre...toujours lui, il m'étreint cherchant à gagner la faille qui demeure béante, ce fameux gouffre des émotions: mon coeur.
Esthétique du vide que j'aime à proclamer en mes terres.... On est bien là, moi et mes cristaux, ils me donnent l'air de vivre, moi qui suis déjà morte....
Babiche