De l'or à la saveur du plomb...
Récemment, on m'a laissé comprendre que tout ce que je semblais approcher, effleurer, frôler devenait comme parsemé d'éclats dorés...Comme si l'or était le sillage de mon parfum, une nuée de petits cristaux invisibles, mais sensibles...Prétentieux me direz-vous? Je ne le pense pas, c'est simplement une trés belle métaphore qui illustre ma sensibilté. Puis l'or, m'innonde en mon être, cet or invisible, matériau de la vie qui irrigue mes veines. Mais c'est un bien trop précieux, les coups répétés peuvent le ternir, le laisser fondre de manière si intense et rapide, que sa liquéfaction le ramène au domaine du passé. Ah, le passé...(sourire).
L'or de mes doigts n'est rien de plus que l'amour qui m'a été transmis, l'or de mes mots une sorte d'accident comme la foudre qui vous tomberez dessus, là par accident. L'or de ma pensée est peut être la plus grande des richesses que je possède... Scintillement invisible, à peine perceptible à qui refuse de m'approcher de plus près...Peut-on m'approcher? Oui, mon rêve est que chaque homme ici-bas puisse toucher un peu de cette grâce que nous avons tous en notre être, si meurtri soit-il...
Mais l'or disparait, le plomb achève la sculpture de la vie en devenir, comme pour mieux condamner les plus belles espérances, celles qui vous donnent le souffle d'avancer encore un peu vers le geste artiste qui parachévera l'artisanale création. L'or ...le plomb, métaphore de l'espérance et de l'errance. Eclat contrastant avec la solitude de ce néant de l'amour, ce trop plein de douceur qui reste emprisonné en vous, et pourtant, tant de gens attendant un sourire, une main dans la leur, un regard qui les ferait exister, juste un centième de secondes....Et cet or qui reste enseveli en nos coeur, le plomb étant la façade trop austère de nos êtres décharnés par tant de douleurs...
Et cet or, qui innonde mes joues...souffrant de croiser les visages de plomb dans l'immensité de ce désert de l'affection...Et ces mots trop parfaits, trop doux pour décrire un sentiment si dévastateur...Un paradoxe...Paradoxe des matières, des pensées, des réalisations dont nous sommes les sculpteurs.
J'ai gaspillé tout mon or...Il ne me reste que le plomb, mais je ne sais pas sculpter avec ce matériau trop rigide. On ne m'a pas appris....Je sais juste ... Non je ne sais pas....
Et regardez, tous les hommes convoitant cet Or...Regardez ce sang déversé, regardez ces armes levées depuis des siècles, regardez ces animaux égorgés, regardez cet être habillant le trottoir de nos villes, cette jeune femme cachant ses larmes...Regardez cet or que l'on gaspille....Pour que le gris du plomb masque à jamais nos êtres sans défenses...Nous sommes sans défenses devant les brimades de nos coeurs fragiles.
L'or.....L'or.....A ne point te respecter, nous te donnons peu à peu la froideur du marbre qui viendra étouffer nos corps amorphes, nous serons emplis de ta chaleur, mais le plomb fixera les charnières de nos tombeaux de l'indifférence, et le prêtre fermant nos paupières ne pourra qu'ajouter:
"Vous auriez vécu, si vous aviez aimé"....
Babiche