Le plus bel hiver du monde ne peut donner que le froid qu'il a !
Petit matin frais, le petit frisson qui me réveille, lasse de mon hiver trop court...
Le soleil a voulu mettre un terme à ma mort de la conscience, doucement je m'éveille en terres humaines. Plus de magie, plus d'éclats de rêves, plus de biche, plus d'ange. Un automate rédige ces lignes dans la torpeur de sa solitude, journée rythmée par les pas du bétail de la vie. La corde me serre le cou, les pas doivent être trés rapides pour suivre cette cadence de la productivité, les regards n'existent plus. Aurore d'été tu me rappelles l'éclat de certaines aurores passées, celles dont je fus la Reine si ce n'est la Déesse. Je te narguais trop chaleureux soleil, de ma beauté toute campagnarde, de mon regard parfois hautain. Je te défiais comme pour mieux t'inviter à regarder la beauté de mon existence.
Ce matin, comme depuis si longtemps, tu me fais baisser le regard, je te redoute, tu me gênes en ma saison du froid, de l'abandon, cette saison du néant qui s'est installée en mon être. Contraste digne des plus grands peintres italiens, le clair-obscur de ma destinée lui donne un accent latin, je ne suis pas l'Olympia s'abandonnant presque nue aux pinceaux des plus illustres, peut être suis je l'une de ces meneuses de cabaret dont Utrillo avait le secret. Le noir habille leur regard triste, le rouge illumine leurs silhouettes un peu généreuses. Montmartre, récif d'histoire planté dans les sombres rues parisiennes. Montmartre....La dernière fois que j'ai fixé ces gargouilles, il devait être cette heure-ci, un dimanche matin, j'étais libre, belle car l'aimée de mon Diamant...C'était il y a longtemps, je ne me souviens plus, reste simplement sensible à mon coeur le froid qui a succédé à ce moment de grâce. Le froid est ma récompense, la seule offrande me restant une fois que ma passion a dévoré les parcelles de tendresse que l'on m'offre.
J'ai un peu froid, je suis habituée...Cet air glacé ne s'apprivoise jamais, parfois il laisse échapper une larme, les plus terrifiantes sont celles qui coulent dès le petit matin, elles sont semblables à la rosée de ces aurores trop éclatantes. On ne voit qu'elles qui dévisagent le reste du monde, la magnifiance du soleil...
J'ai un peu froid. Restera le café pour receuillir cet être sacrifié sur l'autel de ses rêves, de sa sincérité, de sa folie aussi...Café, tu seras mon compagnon de Fortune, tu le fus si souvent, nous sommes des intimes. Toi et moi, on se comprend, juste à s'échanger des vapeurs de fumée, celles qui réchauffent le corps si ce n'est l'âme.
Oh, ne soyez pas tristes, cela n'est point nécessaire. J'ai toujours contrasté en cette ambiance terrestre, que je sois l'hiver en plein été ne me surprend pas, mais que je sois désarmée devant le Futur trop proche, me laisse sans souffle. Je n'ai plus de perfusion, plus de morphine, pas la force de me rendre en des contrées merveilleuses, celles qui vous font oublier ce que vous êtes à la lueur de l'ivresse, de la passion, de la musique trop forte...Je veux juste rester là, en silence, recluse en mon tapis immaculé pour y trouver apaisement et sérénité...... Ma Vérité....
Babiche
